Vie locale

Publié le mardi 6 février 2018

PAUL ECOLE…
Rencontre avec un artiste qui met nos émotions en paroles

 Un simple mail aura suffi pour que Paul Ecole accepte de nous recevoir chez lui, dans sa maison de Pleurtuit, et nous parler, en toute simplicité, de son parcours, auquel il semble avoir du mal à croire…ses sources d’inspiration et son « idole » Alain Souchon.

Avec sa compagne, ils nous accueillent. Un café, des chocolats et des petits gâteaux nous attendent dans un intérieur simple et chaleureux, à leur image…

Paul Ecole est timide et modeste… un peu « tendu » comme il nous le dit lui-même. C’est nous qui devrions l’être face à ce grand artiste de l’ombre qui a écrit des textes superbes comme « Le Portrait » ou encoure « Feux d’artifice ».

Comment êtes-vous arrivé à Pleurtuit, assez loin du circuit artistique parisien ?

Avec ma compagne, on en a eu marre de Paris. Je viens en vacances à Saint Lunaire depuis que j’ai 7 ans. Au début, on ne devait être que résident secondaire et puis finalement, on est resté à l’année.

Les artistes se déplacent. Christophe Maé ou Oxmo Puccino par exemple sont venus travailler ici. Ils découvrent la région. Calogero m’attend pour un rendez-vous à Pleurtuit, mais comme je ne viens pas, il va peut-être venir.

Comment vous êtes-vous lancé sur la scène artistique ?
Comment passe-t-on de l’écriture à la scène ?

J’ai toujours écrit depuis que je suis tout petit. Des histoires, puis des chansons, d’abord enfantines et ensuite plus matures.

Un jour, j’ai rencontré une fille qui travaillait là-dedans et qui m’a dit « Tu devrais faire des concerts ». Elle m’a fait faire mes premiers concerts en 2009. C’est marrant. C’était lors d’un festival à Saint-Lunaire. J’y étais et j’ai su 4 jours avant qu’elle m’avait trouvé une place pour le festival sous les yourtes face à Longchamps. J’avais 4 jours pour répéter ! Puis, j’ai commencé à me produire toutes les semaines à Paris et en divers endroits. Dans des petites salles, des toutes petites salles… J’ai parfois joué devant 7 personnes !

Et comment en êtes-vous venu à travailler avec des artistes comme Oxmo Puccino, Calogero ou Christophe Maé ?

C’est le fruit de la chance plus que du hasard.

Un jour, le rappeur Oxmo Puccino est venu me voir. Il a entendu mes textes et mes musiques. Il m’a dit « Tu sais que tu pourrais vivre de ton écriture ?  Est-ce que tu veux que je te présente à Warner ? »

Moi, je me suis dit que c’était gentil mais qu’il ne le ferait pas. Et oui, il l’a vraiment fait. En même temps, il m’a proposé de faire les premières parties de ses concerts.

Très vite, j’ai signé un contrat chez Warner qui a aimé mes textes et mes musiques. Ils m’ont demandé un texte pour un artiste, sans me dire qui. J’ai envoyé le texte « Feux d’artifice ». Warner l’a trouvé trop long mais Calogero l’a aimé. Il m’a appelé. Je venais de finir un concert en Bretagne sud. En 10 jours ça a été fait.

Aujourd’hui, vous ne montez plus sur scène. Le referiez-vous ?

Aujourd’hui, je vis de mes textes. Parfois, quand je revois les vidéos d’anciens concerts, ça me fait envie. Mais ce n’est pas un besoin, une souffrance. Peut-être bientôt. La souffrance, c’était plutôt le moment de monter sur scène. Une fois lancé ça allait. C’était bien !

Et si vous aviez des propositions pour vous produire dans la région, vous le feriez ?

Ah oui ! J’y pense. C’est vrai que j’aimerais bien !

Comment écrivez-vous ? De manière libre ? Sur commande ?

J’écris souvent librement, mais aussi sur commande. Pour la chanson « Le portrait », c’est Calogero qui voulait qu’un texte soit écrit à partir d’une photo qui l’avait marqué depuis pas mal de temps. On y voyait vraiment un petit garçon qui avait dessiné sa mère à la craie.

Avez-vous déjà proposé des textes directement à des artistes en pensant que cela collait à eux ?

Je ne l’ai fait qu’une fois avec Johnny. Warner a accroché, son directeur artistique aussi, mais lui n’a pas aimé le thème.

Vous nous avez dit que vous écriviez depuis que vous êtes petit, c’est-à-dire ?

Depuis l’âge de 7 ans, j’écris des histoires, des nouvelles… Quand j’avais 20 ans, à Dinard, il y a eu un marathon du polar pour l’anniversaire de la mort d’Agatha Christie. Il y avait des écrivains de la série « Le masque ». Ma mère m’a inscrit. J’étais à Paris. J’ai juste envoyé mon idée aux jurys. J’ai été sélectionné parmi les trois finalistes. Et puis finalement, j’ai gagné le concours. C’était marrant. Pendant 12h, il fallait écrire sa nouvelle devant le public.

Et quelles sont vos sources d’inspiration ? Qu’est-ce qui vous aide à être créatif ? Le soleil ? La pluie ? Un état d’esprit ?

Le soleil, je n’aime pas trop. C’est sans doute pour ça que j’aime la Bretagne. Mais c’est surtout en observant les gens que je trouve des idées. Je bois un café quelque part, je marche… et je me dis, cette personne a l’air triste, qu’est ce qui a pu lui arriver ?

Les souvenirs, les émotions aussi me guident. Mais c’est dur d’écrire des émotions. Il faut essayer d’inventer une histoire pour y mettre l’émotion.

Mes textes personnels sont plus abstraits. Quand j’écris pour la chanson française, Il faut toucher les gens qui allument la radio dans leur voiture. En leur racontant une histoire en petit format !

Y a-t-il un artiste avec lequel vous aimeriez particulièrement travailler ?

Oui, mais là c’est impossible. Enfin, il est encore vivant, mais c’est impossible car il est le meilleur des auteurs pour moi. C’est Alain Souchon. J’ai eu la chance de le rencontrer pas loin d’ici au Festival Des Arts Sonnés. Il a été d’accord pour me voir. Ca m’a fait plaisir. Il m’a dit « C’est bien ce que vous faites là » comme ça, avec son air.

C’était la première fois que j’étais vraiment impressionné.

Depuis que je suis tout petit, pour moi, c’est une source d’inspiration. Se dire que dans une toute petite chanson de 3 minutes il peut raconter tellement de détails ! C’est vraiment un exercice d’observation. Une admiration que j’ai pour lui, son métier et son art.

Pourquoi est-ce inaccessible de travailler avec lui ?

Parce qu’il écrit tellement bien qu’il n’a pas besoin de moi !

2014 a marqué pour vous un vrai tournant professionnel. Avez-vous des projets à venir ?

Là, je travaille sur quatre chansons avec Christophe Maé. J’ai plein de propositions. Mais je ne suis pas décidé à faire tout et n’importe quoi. Il faut que j’ai un feeling avec l’artiste, comme avec Calogero. Si l’artiste ne me plaît pas, même s’il est très populaire, je ne vais pas écrire. Je ne fais pas des textes pour faire des textes. Je veux faire ce que j’ai vraiment envie de faire.

Dans quel sens se travaille une chanson ? D’abord la musique ? D’abord les paroles ?

Cela dépend. Pour « Feux d’artifice », j’ai envoyé le texte et Calogero a créé la musique.

Lui et Christophe Maé m’envoient régulièrement des musiques sur lesquelles ils chantent en yaourt anglais. J’aime bien. Il n’y a pas de paroles, mais j’essaie de faire ressortir les sentiments qui en émanent. C’est vraiment intéressant.

Est-ce que vous aimeriez enregistrer votre propre album ?

Oui, j’y pense. J’ai plein de chansons que j’aimerais enregistrer. Je pense que je vais le faire à titre perso. Je ne pense pas qu’un label me suive. Mais j’aimerais bien. Ce serait intéressant de voir ce qu’un parolier qui s’adapte à des chanteurs ferait pour lui. Il y a un décalage.

Vous avez beaucoup de chansons inédites ?

Oui, j’écris beaucoup. J’écris aussi des nouvelles. Pour moi, ça c’est sérieux. Enfin, les paroles, c’est sérieux aussi, mais, pour moi, les nouvelles c’est vraiment sérieux.

En ce moment, j’ai un recueil que j’essaie de terminer. A chaque fois, les nouvelles ont une chute brusque. C’est le fil conducteur.

Et vous pensez à les faire éditer ?

Oui, j’aimerais beaucoup, mais je ne suis pas pressé. C’est un travail sur la longueur.

Quand j’écris une chanson pour d’autres, ça me force à les terminer. Sinon, je peux travailler un texte des mois et des mois.

Quand on me dit : « là, il me faut la chanson pour demain », ça me force à l’abandonner. Me dire qu’elle n’est plus à moi. Après coup, je me dis parfois « j’aurais dû faire ça » Mais les gens ne s’en rendent pas compte. C’est du perfectionnisme…

 

 

 

 

 

 

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